Extraits
Extrait récit de vie : Mon ami du soir (Nantes)
Il était environ 18H30 lorsque je l’ai aperçu pour la première fois. C’était une belle soirée d’automne. Le soleil nous offrait ses derniers rayons, éclairant les arbres vêtus de leurs habits automnaux. Confortablement installée sur ma terrasse, je me laissais porter par la brise légère et l’odeur de la terre encore chaude. C’est alors que je l’ai vu.
Il se tenait là, à environ deux mètres de moi, arborant fièrement son plastron rouge. Inquiet, découvrant visiblement l’endroit, il m’a observée puis a regardé à droite, à gauche, puis de nouveau à droite avant d’oser s’aventurer un peu plus. Il a fait un pas, puis deux, avant de s’arrêter, attentif au moindre bruit, au moindre mouvement.
Je l’observais, fascinée, n’osant bouger par peur de le faire fuir.
Jugeant finalement qu’il n’y avait pas de danger imminent, il a repris sa progression : un pas, puis un autre, un regard à droite, un regard à gauche, puis une nouvelle vérification. Rien à droite, rien à gauche, il est temps de fondre sur l’objectif. Il s’est alors mis à sautiller avec détermination jusqu’à sa destination. Une fois arrivé, il s’est installé, les pattes bien ancrées au milieu, a plongé la tête dans l’eau, l’a relevée pour permettre à l’eau de ruisseler sur l’ensemble de son corps, puis a recommencé plusieurs fois. Quelle délicieuse sensation de pouvoir se débarrasser de toute la poussière accumulée dans la journée !
Une fois le bain terminé, il s’est perché sur le rebord du récipient qui lui avait servi de baignoire, puis m’a regardée comme s’il souhaitait me remercier. L’œil toujours aux aguets, il a soudain vu s’approcher une mésange bleue. Il s’est éloigné en sautillant puis a disparu entre les branches basses des pommiers plantés en cordon, la laissant profiter à son tour des délices du bain.
Le doute m’a soudain envahie : étais-ce une apparition unique ou le reverrais-je ? Le lendemain soir, fébrile, j’ai investi ma terrasse dès 18H00. Quinze minutes d’attente, puis tout à coup je l’ai vu à quelques pas de moi, qui m’observait. Se sentant en sécurité, il a sautillé vers son bain. Depuis ce jour, nous multiplions les rendez-vous, parfois en soirée, parfois pendant la pause déjeuner.
Extrait récit Monsieur R. (Orne)
A mon époque, la plupart des enfants d’paysans aidaient leurs parents pour les travaux d’la ferme. C’était mon cas, surtout pendant les vacances, quand on n’avait pas d’école.
Moi, c’était surtout l’soir qu’j’aimais bien aider, au moment où on s’occupait des bêtes. Souvent, j’rejoignais la mère quand elle était dans l’étable pour faire la traite des vaches. Quand on entrait, d’un côté il y avait les vaches attachées les unes à côté des aut’s, et de l’aut’, les p’tits viaus qu’y v’naient de naître ou qu’étaient âgés de quelques jours à quelques semaines. On sentait la chaleur des animaux en entrant. C’tait agréable l’hiver quand il faisait froid, mais des fois, les vaches avaient fait beaucoup d’bouses et ça sentait mauvais !
J’aimais bien donner à boire aus p’tits viaus. La mère mettait du lait chaud, tout juste sorti du pis d’la vache, dans un siau, et moi j’devais l’faire boire aus p’tit viaus. Quand y en avait un qui ne savait pas boire tout seul, j’lui donnais mes doigts à sucer et j’dirigeai sa gueule dans l’siau pour qu’y comprenne qu’il pouvait boire l’lait qu’était d’dans. Fallait faire attention, car, des fois, quand ils n’voulaient pas boire, les p’tits viaus donnaient des grands coups d’tête qui pouvaient faire très mal surtout si on les r’cevait dans l’ventre !
Une fois qu’tous les viaus avaient bu, j’allais à l’écurie donner à manger aus ch’vaux. J’remplissais les siaus d’avoine, j’les mettais sur la berouette pour qu’ce soit moins lourd à charrier, et j’allais distribuer ça aus ch’vaux. C’était des percherons. C’est très grand et très gros un percheron ! J’m’sentais tout p’tit à côté, mais j’avais pas peur car ils m’connaissaient bien, et j’savais qu’y m’feraient pas d’mal.
J’m’approchais d’eux en leur parlant pour pas les surprendre ou leur faire peur, j’les caressais pis j’leur donnais leur ration d’avoine. Parfois, y m‘remerciaient en frottant leurs naseaux contre moi.
Extrait biographie Mme L. (Côtes d’Armor)
Pour les cours de gymnastique, nous nous disputions le classement avec ma cousine… L’une était avant-dernière, et l’autre, dernière. Je n’avais aucune prédisposition pour le sport : j’étais raide comme un bâton. L’endurance, ça allait à peu près, mais le travail sur la poutre, le saut en hauteur, le cheval d’arçon, le lancer de javelot, le lancer de poids… tout était une vraie galère pour moi. Je n’arrivais pas non plus à monter à la corde lisse. C’était la même galère pour les sports collectifs, sauf peut-être pour le volley-ball, où je m’en sortais à peu prés. J’étais super heureuse quand je parvenais à me faire exempter de sport mais c’était malheureusement très rare. Le fait d’être très fine – je pesais quarante-deux kilos (j’ai commencé à grossir un peu après la naissance de Gaël) – ne m’aidait pas non plus pour les sports collectifs au lycée. Nous les faisions avec les garçons. Il y avait un garçon, par ailleurs pilier de rugby, qui m’envoyait toujours le ballon car il m’aimait bien. Moi, quand je voyais arriver le ballon sur mes petits doigts frêles, je pensais « ah, non, non, non ».
Dans la famille, nous avions tous à peu près les mêmes dispositions sportives : lors d’un lancer de poids, Marie-France a lancé le poids sur le côté au lieu de le lancer devant elle. Sa professeure a eu tellement peur qu’elle lui a demandé de ne plus faire de sport. Seule Dominique était un peu plus souple que nous.
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